Ce n'est pas en favorisant la bourse que l'on soutient les PME et l'emploi

Le Ministre des finances, Steven Vanackere, déclare qu'il n'y a "rien d'indécent à créer des emplois".

Dans ses différentes interventions, il veut faire croire à une destinée et des intérêts communs en associant : bourse, création de richesses, création d'emplois, économie réelle, soutien aux PME, ... 

Une telle association nous semble relever soit d'une manipulation intellectuelle, soit d'une méconnaissance de la réalité des PME.

En effet :

  • Nul doute que les PME font partie de l'économie réelle.
  • Nul doute que les PME participent à la création de la richesse économique et à l'emploi. Elle apporte même, avec discrétion, l'essentiel de la création nette de l'emploi dans notre pays (87% selon une étude de la Commission Européenne).
  • Nul doute que certaines entreprises trouvent au travers de la bourse des ressources financières nécessaires à leur développement.

 

Mais il faut constater que :

  • Rares sont les PME qui participent avec bonheur à un financement via la bourse sans y perdre leur âme. En effet, dès l'introduction en bourse, le résultat financier à court terme prend une importance démesurée. La « dictature des résultats trimestriels » détruit souvent la vision industrielle à long terme.
  • Les entreprises familiales, PME ou grandes entreprises familiales, se démarquent clairement des entreprises cotées en bourse tant dans leurs comportements que par les résultats à long terme.
  • La création de richesse ne rime pas nécessairement avec partage des richesses ainsi créées. Les grandes entreprises cotées sont trop souvent le théâtre d’une lutte pour l’accaparement des richesses par le haut management et/ou par les actionnaires.
  • La "création de valeur pour l'actionnaire" ne rime pas nécessairement avec création d'emplois, voire se construit au détriment de l'emploi par exemple lorsque l'augmentation de la valeur boursière est le fruit d'un licenciement massif.

 

Mais alors, comment notre Ministre peut-il agir pour aider les PME à se développer, à créer de la richesse et à la partager notamment au travers de la création d'emplois de qualité ?

Notre métier de consultant en gestion et stratégie des PME nous a permis de rencontrer et d'écouter des centaines de porteurs de projets économiques et de dirigeants de TPE et PME.


Parmi leurs principales attentes, citons :

  • Une simplification et une stabilité des règles administratives et fiscales pour se consacrer à son métier.
  • Un impôt plus juste.
  • Une diminution du coût du travail pour faciliter la création d'emploi.

 

Mais cela coûte direz-vous.

Oui, et si le Ministre des finances veut réellement soutenir les PME et l'emploi, alors :

  • Pourquoi les intérêts notionnels, que certains présentent comme une mesure en faveur des PME, permettent surtout à des grandes sociétés financiarisées de ne pas payer d'impôts. 
  • Pourquoi la loi autorise ces structures juridiques qui aident des grandes sociétés à échapper légalement à une juste contribution dans notre pays ?
  • Pourquoi les contrôleurs du fisc se concentrent sur les PME plutôt que sur les constructions fiscales complexes qui permettent l'évaporation fiscale ?

 

Pourtant, ces impôts perdus permettraient déjà de réduire les charges salariales et d’apporter plus de justice fiscale entre les PME et les grandes sociétés.

La Belgique est un pays où ceux qui travaillent et entreprennent payent trop d'impôts parce que d'autres peuvent légalement y échapper.
Les dirigeants de PME sont aussi des citoyens qui veulent pour leurs enfants un emploi de qualité et une vie équilibrée dans une société plus juste.


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